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Sur ses fraises, il se penche avec délicatesse, comme un docteur attentionné sur son patient. L’agriculteur cueille celles qui sont bien rouges.
On les a goûtées, les premières sont déjà délicieuses. Gorgées de sucre et juteuses. Mais, sous la serre « multichapelle » de La ferme de Papa, Loïc Plaud doit veiller constamment sur elles, tel un curé sur ses paroissiens.
Sauf que lui n’a foi qu’en l’agriculture bio. Un intégriste du 100 % naturel, qui ne s’en remet surtout pas qu’à la Providence.
La bataille des fraises
« Le problème avec les fraises, c’est qu’elles attirent les maladies et les insectes ravageurs. Tous les êtres vivants chérissent le sucre et elles en sont un concentré, alors tout le monde veut les bouffer. Quand elles sont industrialisées, c’est un piège à pesticide. Moi, je passe mon temps à désherber » sourit cet ancien cuisinier, reconverti dans le bio « parce qu’en tant que père de famille, je m’inquiète du monde de demain, et en tant que chef, j’ai toujours pensé qu’il était fou de servir des produits néfastes pour la santé. Ici, je veux que les clients aient pleinement confiance en ce qu’il achète, sans aucun produit chimique. Et je veux prouver qu’il est possible de cultiver des plantes exposées sans utiliser le cuivre. »
Son arme principale ? L’observation. Mais aussi l’adaptation. « Cette année, par exemple, j’ai planté les tomates beaucoup plus tôt que l’an dernier. Parce que leur ennemi principal, le tuta absoluta (N.D.L.R. : surnommé la mineuse de tomate) papillonne durant les chaleurs sèches de l’été. Et s’il gagne la partie en août, tant pis, j’aurais déjà fait mon chiffre avant », explique celui qui va aussi utiliser un répulsif naturel et laisser un autre insecte, la punaise macropholus, dévorer les indésirables. En respectant toujours la nature, ses cycles, et ses hôtes habituels.
À l’extérieur, en plein air, des rangées de salades ou d’ail. Une armée végétale au garde à vous. Et puis des rangs où poussent des fleurs et herbes un peu plus folles. « Pour le maraîchage sur un sol vivant tel que je le pratique, l’idée est de créer des barrières végétales entre chaque famille de plantation, d’éviter la monoculture. »
Loïc sourit, heureux de faire pousser les derniers navets, mais aussi les prochaines courgettes et aubergines sur son terrain en location, chemin de la Levade, entre la Roquette-sur-Siagne et Pégomas. Il sème aussi carottes et radis, et plantera bientôt patates douces (fin avril), puis potimarrons et butternuts (en mai) pour une récolte à la rentrée. Il le sait, le printemps est crucial pour rentabiliser sa petite entreprise, créée il y a deux ans.
La crainte du gel et de la grêle
« C’est là que tu plantes tous tes légumes d’été, ceux dont la clientèle plus nombreuse va raffoler, alors que c’est une saison où tout peut arriver. Là, il fait bien chaud et beau, mais les montagnes sont enneigées, et il peut encore geler ou grêler d’un coup », redoute ce fraîchement diplômé en permaculture, qui s’improvise aussi météorologue. « À un moment donné, un agriculteur bio croise toujours les doigts ! », rigole-t-il. Sa serre, qu’il entend dupliquer, abrite les plants les plus sensibles des caprices du ciel, « mais il faut aussi bien la ventiler pour éviter trop d’humidité. »
Et avec son père, Philippe, il veille au grain partout, et profite au maximum des douceurs printanières. « On recherche aussi la précocité, car les premières tomates se vendent forcément plus cher, quand la demande est forte, que les dernières, il faut être prêt tout de suite. » Et réussir son business plan, pour amortir ses investissements. Car être agriculteur bio, ce n’est pas uniquement se lancer dans l’aventure avec une fleur au fusil. Sous peine de se tirer une balle dans le pied maraîcher...
Papa poule à l’étal en vente directe
Papa poule, Loïc ne l’est pas seulement avec ses trois enfants, qui l’ont aussi décidé à changer de métier pour consacrer plus de temps en famille. Accompagné de son adorable Youki, un chiot border collier de 3 mois, qui joue le général en chef, le voilà qui ouvre aussi son poulailler. Ça cocotte partout, même si la volaille y perd parfois ses plumes. « Un renard m‘en a bouffé douze récemment », indique le cultivateur, qui n’en veut pas au goupil affamé, mais a choisi les aboiements canins pour agent de sécurité. Sur son étal à côté, ouvert au public chaque mercredi et chaque vendredi (le reste de la semaine, c’est sur commandes avec livraisons), on trouvera donc des œufs frais (et ce n’est pas du chocolat !). Mais aussi des fraises, des poireaux, des épinards, des navets, du persil, des mâches, salades, brocoletti, aillés et cébettes... En attendant les produits encore plus colorés.
Une clientèle de fidèles
Avec des nouveautés à venir comme les tomates marmande, la courge Bleu de Hongrie, l’aubergine blanche, des framboises et des agrumes, dont il vient de planter les arbres fruitiers (citrons jaune et vert, kumquat). « En décembre, on fait nos commandes habituelles pour toute l’année, et après, je procède au feeling, en fonction du climat, des tendances, de la demande… », justifie Loïc dont la ferme a fidélisé une clientèle du bien et bon manger, ainsi que plusieurs restaurants qui adhèrent au concept. « Certains viennent et ne comprennent pas que je ne puisse pas proposer plus de dix variétés à la vente, mais d’autres sont contents de voir la vie différemment et de consommer autrement. » On aime ou on n’aime pas, tous les goûts sont dans la nature. Mais à La Ferme de Papa, ils se nourrissent d’authenticité.
La ferme de Papa, 670 Chemin de la Levade à la Roquette. Vente-livraison au 07.49.91.16.63.